D'étranges rêveries : Ses mots

"L'univers a ses mystères, les mots sont nos vies" ... Voici sur cette page tous ces mots qui nous font tant rêver ... et décortiqués, s'il vous plait !

29 octobre 2005

NOUS SOUVIENDRONS NOUS

LE TEXTE

1er couplet :

Aux vies qui s'abaissent à voir la mienne

Je sais

Qu'il me faudra prendre congé d'elles

Un jour ou l'autre

Nos vies sont des larmes d'aquarelle

Nous ne sommes reliés qu'à nous mêmes

Refrain :

Et si je perds la foi

En nous, en tout

C'est bien malgré moi

Nulle prière

A chacun de nos pas

Je doute de tout

Nous souviendrons nous de nous

2ème couplet :

Aux vies qui ont soutenu la mienne

Je n'ai

Qu'un long monologue poudré de neige

A partager

Nos vies qui s'écoulent chaque jour saignent

Nous ne sommes reliés qu'à nous mêmes

Refrain

MON ANALYSE

La chanson sur laquelle j'ai choisi cette fois de m'exprimer, « Nous souviendrons-nous », n'a jamais été exposée aux feux des projecteurs : dernière de l'album « L'Autre », elle n'a bénéficié ni de sortie single ni d'aucune interprétation sur scène, et c'est bien dommage ... Je ne vous le cache pas : c'est MA chanson fétiche de tout le répertoire de Mylène Farmer !!!

Le texte reprend plusieurs des thèmes chers à Mylène : le désenchantement, le passage du temps, la solitude de chaque être.

1 – Les rapports à l’Autre …

Ce qui ressort avant tout de ce texte, c'est un désenchantement, une désillusion face à la vie, mais à un autre degré que la chanson Désenchantée, du même album. Ici, Mylène ne cherche plus de "main qui pourra l'aider", elle semble ne plus rien attendre ni de la vie ni de quiconque : la chanson décline d'ailleurs une facette extrême du thème général de l'album, puisque ici, l'Autre n'est rien. C'est la solitude inhérente à tout être dont parle Mylène ici : quelle que soit la relation que chacun entretient avec les autres, cela ne dure que le temps de notre passage sur Terre, qui finalement est si peu ("nos vies sont des larmes d'aquarelle"). Et dans la mort, la fin de toute conscience, chacun est absolument et entièrement seul, quels qu'aient été les liens qui ont pu unir des êtres entre eux ("Aux vies qui s'abaissent à voir la mienne Je sais Qu'il me faudra prendre congé d'elles Un jour ou l'autre "). Il n'existe donc pas de lien indéfectible puisque toute relation est destinée à disparaître avec la mort de la conscience. Alors, semble nous dire Mylène, pourquoi s'attacher à l'Autre, puisque la fin est inéluctable, puisque "nous ne sommes reliés qu'à nous-même"... Tout dialogue, tout partage serait vain, puisqu'il n'en restera rien, sans aucun doute possible... Ou presque. Et c'est ce "presque", cette infime part d'espoir, ce doute, qu'exprime je pense, la dernière phrase du refrain : "nous souviendrons nous de nous". Est-ce qu'effectivement la mort de l'être est la mort de la conscience, donc la mort de ces liens qui unissent chacun à l'Autre durant son passage sur Terre et permet de parler du "nous" et non plus de soi seul?... Est-ce que dans la mort la fin de la conscience entraîne l'impossibilité de tout souvenir de l'Autre?... "Nous souviendrons-nous de nous" : l'absence de ponctuation permet de ne pas donner de sens décisif, en effet la tournure est celle d'une question, mais sans marque interrogative la phrase peut aussi être prise comme une affirmation de la persistance de ce souvenir, et si enfin on l'associe à la phrase qui la précède ("je doute de tout") le sens peut être pris comme l'expression du doute concernant l'existence dudit souvenir... A chacun de choisir sa propre réponse!...

La chanson peut donc être interprétée comme une grande désillusion face à l'importance que l'on accorde à nos liens avec l'Autre, un doute désabusé sur la persistance de cet attachement après la mort, un doute qui semble être une quasi-certitude que ces liens ne peuvent qu'être rompus...

2 – Les rapports de Mylène-artiste à son public

On peut cependant y voir une autre interprétation, une réflexion peut-être moins générale : Mylène pourrait s'exprimer ici sur les doutes qu'elle entretient à propos de son métier et de sa relation avec son public. Comme si nous étions ces "vies qui s'abaissent à voir la sienne" et qui "la soutiennent", et qu'elle n'avait en échange "qu'un long monologue poudré de neige à partager", ce qui serait une jolie métaphore du silence auréolé de mystère qu'elle aime à entretenir vis-à-vis de nous... On peut voir ainsi une introspection, une interrogation sur le rôle de ce métier public qu'elle exerce et cette relation qu'elle entretient avec nous qui en faisons partie intégrante, et enfin peut-être l'évocation d'une fin, d'un adieu à cette vie publique, un adieu qui arrivera nécessairement un jour ou l'autre : "Je sais Qu'il me faudra prendre congé d'elles " ; elles : nos vies, nous... Pourquoi ? Parce que le jour où ces doutes prendront le dessus, il lui sera sans doute impossible de poursuivre sa carrière, de demeurer sur le devant de la scène sans la passion et la foi en ce métier : "Et si je perds la foi En nous, en tout C'est bien malgré moi "... Vient alors l'interrogation cruciale : après qu'elle ait quitté les projecteurs, après le passage du temps, nous souviendrons-nous de Mylène, et elle de nous? Cela vaut-il vraiment la peine de poursuivre ce métier et d'entretenir une quelconque relation avec nous s'il n'en doit rien rester un jour ou l'autre?... Mylène nous donne peut-être ici la raison de son silence envers son public : à quoi bon établir des liens si tout doit 'estomper et mourir un jour?...

Posté par Juke Box à 11:27 - 03 - L'autre ... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

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