D'étranges rêveries : Ses mots

"L'univers a ses mystères, les mots sont nos vies" ... Voici sur cette page tous ces mots qui nous font tant rêver ... et décortiqués, s'il vous plait !

22 juin 2005

L'AMOUR NAISSANT

l_amour_naissant

Mylènium Tour 99

Premier titre de l'album Innamoramento et première chanson interprétée au Mylènium Tour, "L'Amour naissant" méritait bien que l'on s'y attarde quelque peu ... Ce n’est pas un texte complexe ou aux sens multiples : un beau texte, simplement … et que je ne me vois pas expliquer … Il traite de la recherche de l’ambivalence des sentiments, à mettre d’ailleurs en parallèle avec « Innamoramento » et cette citation :

« J’appréhende l’amour… Il peut vous emmener dans des sphères très, très hautes. Ce peut être un vertige absolu, mais qui peut être aussi dirigé vers le bas. C’est un risque, c’est une prise de risque. Ce sont des sentiments et des sens qui sont éveillés, mais avec toujours, effectivement, ces craintes qu’il y ait à la fois du rejet et de l’abandon. Je pense à la passion, je crois savoir que la passion ne perdure pas. Maintenant, le craindre ? Je préfère le sentiment passionné, prendre ce risque-là quitte à tomber de haut. »

Ce texte joue donc de ces ambivalences et de ces vertiges …

L'amour naissant

Quel monde n'a pas connu le souffle
Du néant
Ressenti l'émoi devant les "Puissances
Du Dedans", dis ?
Quelle maison n'a jamais pleuré
Un enfant
Quel ange n'est tombé devant la beauté
Du couchant ? , vois

Quel vertige s'empare de nos souffles
A présent
L'Anathème est lourd, les serments brûlants
C'est troublant, dis ?
Quelle est celle qui ne s'est noyée
Dans ses larmes
L'océan a froid, ma vie comme
la
Fille de Ryan
 

Tu es l'Amour Naissant
Gravé sur la pierre,
Stèle des Amants,
Vois comme c'est lourd, c'est lent
C'est un revolver, Père,
Trop puissant

Quelle Irlande voudrait oublier
Ses légendes
Je ressens l'émoi devant ses "Puissances
Du Dedans", dis ?
Quel frisson de m'anéantir
Dans son ventre
L'océan a froid, ma vie comme
la
Fille de Ryan.
 

Tu es l'Amour Naissant
Gravé sur la pierre,
Stèle des Amants,
Vois comme c'est lourd, c'est lent
C'est un revolver, Père,
Trop puissant.

 

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16 juin 2005

SOUVIENS-TOI DU JOUR ...

souviens_toi_du_jour_...

LE TEXTE :


Quand le vent a tout dispersé
Souviens-toi
Quand la mémoire aura oublié
Souviens-toi...


Souviens-toi que l'on peut tout donner
Souviens-toi que l'on peut tout briser
Et si c'est un Homme...
Si c'est un Homme
Lui parler d'amour à volonté
D'amour à volonté


Souviens-toi que l'on peut tout donner
Quand on veut, que l'on se rassemble
Souviens-toi que l'on peut tout briser
Les destins sont liés
Et si c'est un Homme...
Si c'est un Homme
Lui parler d'amour à volonté
D'amour à volonté


Le souffle à peine échappé
Les yeux sont mouillés
Et ces visages serrés
Pour une minute
Pour une éternité
Les mains se sont élevées
Les voix sont nouées
Comme une étreinte du monde
A l'unisson
A l'Homme que nous serons...

Le souffle à peine échappé
Les yeux sont mouillés
Et ces visages serrés
Pour une minute
Pour une éternité
Les mains se sont élevées
Les voix sont nouées
Comme une étreinte du monde
A l'unisson
A l'Homme que nous serons...

Quand le vent a tout dispersé
Souviens-toi
Quand la mémoire aura oublié
Souviens-toi ...

MON ANALYSE :

Après "Rêver" en 1996 qui aborde les mêmes thèmes, ceux de l'humanité blessée, « Souviens-toi du Jour » vient comme enfoncer le clou, lourdement ! Il faut dire que la chanson « Rêver » avait beaucoup plus été interprétée comme une des premières chansons d’amour heureux de Mylène plutôt que comme un hymne à la tolérance qu’il est pourtant bel et bien … Alors elle écrit ce texte, pour tenter une nouvelle fois de faire passer son message, mais cachant une nouvelle fois ses véritables intentions au travers d’une épaisseur à découvrir dans toute sa splendeur, car rien n’est jamais si simple dans l’univers Farmer …

1 - L'invitation à la tolérance et à l'amour (des peuples ?)

« Quand le vent a tout dispersé / Souviens-toi »

Ici, aux vues du thème général, le vent semble disperser le souvenir, qui sera confirmé par « Quand la mémoire aura oublié », qu’il faut pourtant conserver pour ne pas répéter incessamment les mêmes erreurs … Toujours se souvenir, la meilleure façon d'exister et de faire exister ceux qui ne sont plus … Un pays qui oublie son histoire est un pays qui se perd, l’histoire nous l’a montré plus d’une fois !

« Souviens-toi » sont donc deux mots récurrents dans le texte, comme ils l’avaient été dans « L’horloge » de Baudelaire, repris par Mylène en 1988 … Certes, pas pour les mêmes raisons, mais la finalité est la même … Sans souvenir on ne peut se porter puisque sans base …

Ce texte est donc un hymne en la tolérance, en l’Homme aussi, qui est capable du meilleur quand il s’en donne les moyens :

« Souviens-toi que l'on peut tout donner »

Mais de la même manière, l’Homme peut être capable du pire s’il s’en donne également les moyens …

« Souviens-toi que l'on peut tout briser »

L’Homme est humain parce qu'il commet le bien et le mal, parce qu'il est capable du meilleur comme du pire … Alors face à ce désarroi profond, il faut faire en sorte que l’Homme donne le meilleur qu’il puisse et non le pire … en invoquant l’amour et la tolérance :

« Si c'est un Homme / Lui parler d'amour à volonté »

Plutôt que la guerre et de la haine, n'évoquons que les choses positives, comme l'amour de soi et de l'humanité … Les termes sont ainsi incessamment répétés pour enfoncer une dernière fois le clou sur une apparente évidence mais qui est loin de l’être à la vue des évènements qui gouvernent le monde encore aujourd’hui …

La solution semble donc être le rassemblement vers une valeur qui ne peut épargner personne : l’amour …

« Quand on veut qu'on se rassemble »

Le refrain vient donc en renfort appuyer cette idée, avec le résultat de cet amour :

« Le souffle à peine échappé / Les yeux sont mouillés »

La naissance d'un être qui engendre son premier souffle, sa découverte du monde, face aux yeux mouillés de ses parents, mouillés d'amour, comme celui de l'enfant qui naît qui pleure aussitôt …

« Et ces visages serrés / Pour une minute, pour une éternité »

Les visages de la mère et de son enfant se resserrent en cette minute, et qui se continuera pour toute l’éternité … Comme vers un remerciement à Dieu …

« Les mains se sont élevées / Les voix sont nouées» 

La mère a la voix gorgée d'émotion devant l’amour qui unit tous les Hommes, « à l’unisson » … La mère et l'enfant évolueront ensemble, l'enfant devenant progressivement un homme …

« Quand le vent a tout dispersé

Souviens-toi

Quand la mémoire a oublié

Souviens-toi»

Le fait de commencer et terminer cette chanson par ces strophes évoque une prière que l'on ferait pour l'homme en général... Comme les termes hébreux qui signifient « Souviens-toi du jour » et qui sont chantés dans le pont musical …

Mais cette chanson serait un peu trop simple si elle s’arrêtait là, ne trouvez-vous pas … ? C’est pourquoi, en cherchant, une autre grille de lecture apparaît, bien plus terrible, qui vient confirmer et appuyer les propos de tolérance et d’amour à partager pour éviter les horreurs de l’Homme …

2 - La référence constante à la Shoah

« Quand le vent a tout dispersé / Souviens-toi »

Ici, aux vues du thème général, le vent semble disperser deux choses : le souvenir de ce qu'il s'est passé, de cette période si douloureuse de l'Histoire que certains essayent d'oublier ou qui la qualifient de "détail de l’Histoire" … Mais aussi, avec le jeu constant chez Mylène du mélange d’abstrait et de concret, la dispersion des cendres des tués issus des fours crématoires qui volent au vent, comme l'évoque Primo Lévi dans son incroyable livre-témoignage, « Si c’est un Homme », que l’on retrouve également constamment dans ce texte …

« Et si c’est un homme, si c’est un homme … »

« Souviens-toi »

Après « L'Horloge » qui évoquait la fuite du temps et qu'il fallait se souvenir que nous étions mortels, il faut ici se souvenir de l'Histoire, ne pas oublier tout ce qui s'est passé, autant pour les survivants qui ont alors une meilleure valeur de la vie que pour ceux qui ont produit ce massacre, autant pour les générations actuelles plus de 60 ans après les faits, que pour les générations d'alors qui doivent vivre avec. Toujours se souvenir, la meilleure façon d'exister et de faire exister ceux qui ne sont plus …

Le fait que les Hommes répandent le Mal en plus du bien prend alors ici tout son écho :

« Souviens-toi que l'on peut tout briser / Les destins sont liés »

Elle évoque ici des victimes des camps, qui donnèrent tout, jusqu'à leur vie, et les bourreaux qui la leur brisent.

Tous mourront ensembles face à ces hommes qui peuvent tout briser, tout tuer. Leurs destins sont liés entre eux et aussi avec ces hommes qui sont leurs bourreaux … !

« Souviens-toi que le monde a changé

Au bruit des pas qui résonnent »

Ces pas qui résonnent peuvent être ceux des nazis lorsqu'ils ont conquis l'Europe; mais aussi ceux des personnes que l'on fait travailler dans les camps; le monde en a été changé à jamais !

Ces personnes ne purent jamais s'exprimer, réduites au silence :

« Aux destins muets »

De même, les survivants essayent de garder ce destin en eux et ne jamais plus l'évoquer, tout en s'en souvenant pour soi …

Les termes de « rassemblement » prennent alors un tout autre sens : on ne parle plus de rassemblement dans l’amour, mais surtout d’un rassemblement de toutes les victimes dans des camps, avec les fameuses douches … Le souffle est alors également tout autre : il est le dernier souffle, ou le souffle de la peur. On apprend ainsi dans le refrain qu'il s'agit sans doute d'une chambre à gaz où sont enfermées les victimes … !

« Le souffle à peine échappé / Les yeux sont mouillés »

Les larmes sont alors celles de ceux qui vont mourir et qui pleurent leur douleur …

« Et ces visages serrés / Pour une minute, pour une éternité »

Les visages des condamnés sont serrés les uns à côté des autres pour une minute, mais aussi pour une éternité: ceux qui vont mourir, ensemble à jamais. Il ne leur faudra ainsi qu'une seule minute pour mourir !

On retrouve dans l’écriture de cette nouvelle lecture à nouveau une marque typique du style Farmerien, d’ambivalence des termes qui donnent ou des mots abstraits, ou des détails très précis qui heurtent la sensibilité :

« Les mains se sont élevées »

Les mains élevées étaient des acclamations, mais elles sont ici le dernier moyen d’éviter le gaz, comme on peut le voir dans le film "La Liste de Schindler" où les prisonniers essayaient de boucher les conduits des chambres à gaz, sans le moindre résultat, mais comme un dernier espoir, sans le moindre mot : « Les voix sont nouées » …

C’est ainsi une Humanité qui est enfermée, avec toutes les nationalités enfermées ensemble et mourrant ensemble :

« Comme une étreinte du monde / A l'unisson, à l'Homme que nous serons »

Ainsi, pour les générations futures, le drame de la Shoah forgera les âmes des hommes d'aujourd'hui …

A son habitude, Mylène traite de deux thèmes à la fois avec deux grilles de lecture … La deuxième venant ici renforcer la première ! Les faits sont décrits avec une grande précision tout en restant écrits d’une poésie incomparable, d’où l’incroyable force de ce texte … !

Souviens-toi que le monde a changé
Au bruit des pas qui résonnent
Souviens-toi des jours désenchantés
Aux destins muets
Et si c'est un Homme...
Si c'est un Homme
Lui parler d'amour à volonté
D'amour à volonté

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14 juin 2005

OPTIMISTIQUE-MOI

optimistique_moi2

clip

Mylènium Tour 99

LE TEXTE :

"Je me fous de tes détresses
Comme de tout et du reste..."
C'est ça le temps qui passe
"Je me fous de tes angoisses
elles m'ont nourrie mais me lassent..."
C'est ça, c'est le temps qui passe
"Je fais fi de tes "je t'aime",
Ils sont des cris qui m'enchaînent..."
C'est ça l'amour
C'est quoi l'amour ?
"Tu ne vis pas c'est morbide"
En somme, je suis pathétique,
C'est ça l'amour
Papa n'était pas comme ça, quand...

Il disait tout bas :
"Petit bouton de rose,
Aux pétales humides,
Un baiser je dépose"
Optimistique-moi, Papa
Optimistique-moi, quand j'ai froid
Je me dis tout bas
Quand rien ne s'interpose,
Qu'aussitôt, tes câlins
Cessent toute ecchymose
Optimistique-moi, Papa
Optimistique-moi, reviens-moi ...

"Tu te fous de mes ténèbres
Comme de tout, et comme du reste..."
C'est ça, le temps qui passe
"Fais fi des signes du ciel
Seuls les faits, sont ton bréviaire..."
C'est ça le temps qui passe
Tu dis: "assez des histoires
Ton passé est préhistoire..."
C'est ça l'amour
C'est quoi l'amour ?
Crucifie-moi Ponce Pilate
Noie-toi dans l'eau écarlate
L'amour est loin
Papa était plus malin, quand ...

Il disait tout bas :
"Petit bouton de rose,
Aux pétales humides,
Un baiser je dépose"
Optimistique-moi, Papa
Optimistique-moi, quand j'ai froid
Je me dis tout bas
Quand rien ne s'interpose,
Qu'aussitôt, tes câlins
Cessent toute ecchymose
Optimistique-moi, Papa
Optimistique-moi, reviens-moi...

MON ANALYSE :

Ce texte est fondamental pour comprendre toute une partie de l’univers Farmer … Laurent Boutonnat et Mylène Farmer ont toujours eu une fascination commune dans le fait que pour eux toute mère est infanticide. C'était pendant la période de "Maman a tort". Le fait est que Mylène a toujours parlé plus volontiers de son père (décédé en 1986) que de sa mère. Et c'est toujours à son père qu'elle dédie ses premiers clips (rappelons-nous « Tristana », « à Papa »). De là à trouver dans "Optimistique-moi" des reproches mâtinés d'amour contre sa mère, il n'y a qu'un pas ...

Il est également un détail très important à la compréhension de ce texte qui est la présence ou non de guillemets en tête de certains bouts de phrase … Il reste pourtant au lecteur de deviner ces mots sont placés dans quelle bouche …

Ainsi, deux interprétations qui se chevauchent : une chanson à la fois d'amour et de reproche à ses deux parents : une version pour la mère et une pour le père. Les paroles sont nourries d'une certaine ambiguïté : on ne sait si c'est pour les blâmer ou les remercier ... Voyons donc de plus près ces deux manières d'aborder cette délicate question...

1 – La schématique du complexe d’Œdipe

  A- Le refus de la mère

Comme le laisse présager la thématique du complexe Oedipien, la mère semble rejetée par l’enfant, ici donc Mylène … Mais ce rejet semble être le miroir de ce que lui apporta sa mère … Elle lui renvoie son manque d’amour … Des paroles de la mère sont ainsi scandées dans le premier couplet :

« Je me fous de tes détresses / Comme de tout et comme du reste »

Sa mère montre un complet désintérêt de la douleur que peut exprimer sa fille. Serait-ce le témoignage d'un événement vécu par Mylène? Parlerait-elle enfin de sa famille et donc de son enfance qu’elle prétend avoir oubliée, en cette chanson, de manière détournée?

Car on comprend que c'est ici la mère qui parle à sa fille vers la fin de la strophe avec « en somme je suis pathétique » où Mylène redevient le narrateur car il n'y a pas de guillemets devant ces mots et surtout quand elle dit que son père ne se conduisait pas de la même manière, donc ne disait pas ce genre de phrases méprisantes …

« Je me fous de tes angoisses / Elles m'ont nourrie mais me lassent »

La mère prétend ici en avoir assez des tourments de sa fille ... Mylène nous confesse ainsi qu'elle a toujours été angoissée depuis sa petite enfance … Ce n’est pas un rôle qu’elle joue : elle EST ainsi, et elle en souffre … On peut d’ailleurs grâce à cette citation confirmer que c'est bien à sa mère qu'elle s'adresse avec le "e" de "nourrie". Sa mère acceptait les tourments de sa fille, mais là, elle semble ne plus les supporter …

« C'est ça le temps qui passe »

On pourrait reprendre cette phrase de Léo Ferré que Mylène aime particulièrement: "Avec le temps, va tout s'en va". En effet, on a tendance à aimer de moins en moins avec le temps qui passe et qui efface tout inexorablement et sans résignation … Mais Mylène semble le comprendre, voire même le tolérer …

« Je fais fi de tes "je t'aime" / Ils sont des cris qui m'enchaînent"»

Cependant, cette façon qu’à sa mère de se comporter prend alors une toute autre allure, plus inadmissible encore : elle refuse et ignore les mots d'amour de sa fille... Elle veut s’en libérer et fais en sorte de s'en désintéresser au maximum. Pour elle, les témoignages d'amour de sa fille ne sont que des cris qui la paralysent alors qu'elle veut passer à autre chose et tourner la page …

« Tu ne vis pas c'est morbide »

Sa mère semble ne pas apprécier tous les thèmes romantico-macabres du répertoire de sa fille, surtout qu'elle doit aborder ces thèmes depuis son enfance, ce qui lasse sa mère …

« En somme je suis pathétique »

Cette phrase sans guillemets semble être la réponse définitive de la fille, comme lors du duo avec Carole Frédéricks de "Maman a tort live" où Mylène s'ingéniait à crier qu'elle ne serait jamais sa fille, quand bien même sa mère serait sa mère... Elle se sent rabaissée aux yeux de sa mère, et se pose alors des questions sur l’être qu’elle est au fond d’elle-même, incompris par son entourage même …

« C'est ça l'amour / C'est quoi l'amour? »

Mylène y voit tout de même une sorte de résignation et se dit que même l'amour maternel n'est pas le plus durable. D'ailleurs dans « c'est ça l'amour », n'entend-on pas par un découpage phonémique différent, « c'est sale l'amour? » … A tel point que Mylène ne sait plus ce qu'est le véritable amour car visiblement, que ce soit son père ou sa mère, elle n'en a pas reçu un durable ou normal …

Ensuite, dans le deuxième couplet, c'est alors sa mère qui trouve que sa fille l'ignore.

« Tu te fous de mes ténèbres / Comme de tout et comme du reste »

« Fais fi des signes du ciel / Seuls les faits sont ton bréviaire »

La mère reproche alors à sa fille, élevée dans la religion catholique de ne pas s’en remettre à Dieu, comme on a pu le découvrir dans ses paroles et dans certains de ses clips. Pour Mylène, seuls la certitude et les faits vérifiés comptent plus que des prières ...

« C'est ça le temps qui passe »

Ce retour de phrase prend ici un autre sens : on ne parle ainsi plus d’amour mais de Foi que l’on perd face au temps qui passe … Tout s’épuise lentement et inconsciemment …

« Tu dis "Assez des histoires / Ton passé est préhistoire" »

L’absence de guillemets dans le texte nous montre qu’elle parle ici enfin directement à sa mère qui lui reproche de trop ressasser son passé et les mauvais souvenirs de son enfance (qu’elle prétend si souvent avoir oubliés, mis à part qu’elle mangeait parfois de la neige, des souvenirs de plaines enneigées aussi … seulement !) et cette mère en a assez …

« Ton passé est préhistoire » est d’ailleurs une phrase reprise du livre le "Choc amoureux" d'Alberoni qui influença tant l’écriture d’ « Innamoramento », l’album d’où est extrait ce texte .... Il faut oublier son passé afin qu'il ne nous encombre plus et afin de vivre mieux. Ce passé ne doit plus nous rattraper … Cependant cette mère ne comprend pas que sa fille puisse lui en vouloir à cause  des si longues années qui séparent les faits évoqués dans le refrain, ce qui est pourtant légitime …

« Crucifie-moi Ponce Pilate / Noie-toi dans l'eau écarlate »

La fille parle alors à sa mère en ces termes forts et douloureux, la voyant comme une traîtresse qui la condamne aux pires souffrances comme Ponce Pilate envoya Jésus à la mort. Quant à l'eau écarlate, elle est sans aucun doute une métaphore du sang: elle exhorte sa mère à périr dans son propre sang: elle ne pardonne pas !

Elle finit donc par « L'amour est loin », pour signifier clairement que, pour elle, tout est fini : elle n'aime plus cette mère infanticide qui n'a pas protégé sa fille … Mais de quoi ?

On retrouve d’ailleurs cette inaction dans le refrain avec « Quand rien ne s'interpose » qui montre que sa mère ne faisait rien pour empêcher ce qui se passait, ce qui rend les choses encore plus grave …

  B- L’amour du père

Pour comprendre cette inaction de la mère face à ces faits, il faut reprendre le complexe d’Œdipe à sa base : haine de la mère CAR amour du père … On retrouve donc ainsi cette deuxième spécificité chez Mylène au travers de cette chanson …

« Papa n'était pas comme ça quand ... »

Contrairement à sa mère, son père, lui, semble l'avoir véritablement aimée.

« Optimistique-moi Papa »

Elle demande ainsi à son père maintenant décédé de la rendre optimiste, plutôt que dans le pessimisme auquel ses agissements l'ont laissée étant petite. En même temps, elle semble continuer à aimer ce père, plus que tout...

« Optimistique-moi quand j'ai froid »

Ce froid renvoie à ce manque d'amour qu'elle semble ressentir. Beaucoup de paroles de Mylène s'y sont fait l'écho, de l’album "Ainsi soit je" à "Innamoramento".

Ainsi, la phrase « Tu te fous de mes ténèbres / Comme de tout et comme du reste » pourrait être une parole d'outre-tombe de son père qui trouve que sa fille ne le pleure plus … Il craint son oublie puisque « C'est ça le temps qui passe » : avec le temps, on oublie ceux que l'on a aimés et ceux qui nous ont fait mal …

Le père, par son opposition de la mère, gagne la confiance de Mylène et nous montre qu’il est bénéfique pour elle … Il est le Bien, la mère est le Mal …

Cependant, comme dans bon nombre d’œuvres de Mylène Farmer, le Mal est rarement celui que l’on croit !

2 – Des rapports pourtant ambigus avec le père

En effet, si l’amour de Mylène s’est porté sur son père, contrairement à son rôle de père, celui-ci semble ne pas l’avoir refusé, voire même encouragé …

Le fait de dire « Papa n'était pas comme ça quand … », c'est-à-dire, à penser comme sa mère, signifie qu'il pensait cet amour de son vivant, et sans doute dans des moments privilégiés avec sa fille … On sent à fleur de peau un lourd secret qu'elle va nous livrer dans le refrain et qui est amené par le « quand » et les points de suspension.

« Il disait tout bas

« Petit bouton de rose

Aux pétales humides

Un baiser je dépose »

Optimistique-moi, papa

Optimistique-moi, quand j’ai froid …

Je me dis tout bat

Quand rien ne s’interpose

Qu’aussitôt tes câlins

Cessent toute ecchymose

Optimistique-moi, papa

Optimistique-moi, reviens-moi ! »

Le fait que Mylène utilise l'imparfait témoigne que ce qu’elle raconte avait lieu pendant ces moments privilégiés, de son vivant ! Cela semble un peu renvoyer au viol consenti du clip de "Plus grandir". Mais le tout dans des termes qui semblent anodins comme dans toutes les chansons à double sens de Mylène …

« Petit bouton de rose / Aux pétales humides »

On peut noter la jolie appellation d’un père pour sa fille, tendre et romantique, mais un peu trop si l'on pense qu'il s'agit surtout d'une partie de l'anatomie intime de sa fille à laquelle il fait allusion... Ce qui devient tout de suite beaucoup plus grave ! Les guillemets sont d’ailleurs là pour nous rappeler qu’il s’agit bien des mots du père …

« Un baiser je dépose »

On ne reviendra pas en détails sur ce qu’il est en train de lu faire, à noter cependant la précision des détails malgré la poésie du verbe de Mylène … Ce sont ici les prémisses de quelque chose de plus brutal oublié par le temps et la mémoire. Elle ne se rappelle plus que de ces moments de tendresse trop intimes et qu'elle rend sublimement en poésie … mais cela n’enlève rien aux actes du père !

« Je me dis tout bat »

A noter un jeu de mot, car on aurait dû lire "tout bas", or là on parle de l'action de battre. En somme, serait-ce une allusion au climat familial qui régnait alors face aux agissements du père et à la non-intervention de sa mère? Mylène a toujours dit qu'il n'y avait eu aucun événement particulier durant son enfance, serait-ce ici un témoignage qui tendrait à dire le contraire ? On retrouve ainsi pour l’attester le mot « ecchymose » juste après !

« Qu'aussitôt tes câlins / Cessent toute ecchymose »

Comment ne pas comprendre dans les mots « tes câlins cessent toute», par un autre découpage phonémique, le mot « inceste » qui se dessine... Dès que la mère a le dos tourné, aussitôt son père lui montre sa tendresse intime]

« Optimistique-moi »

Le mot "optimistique" semble donc prendre une tout autre signification …

« Optimistique-moi, reviens-moi »

Mais dans le manque d'amour où elle est laissée, elle réclame tout de même son père qui lui manque. Un paradoxe de plus, on n’est plus à ça près ... Elle semble davantage pardonner à son père qu'à sa mère qui ne s'est pas interposée durant les faits !

A noter également le subtil, avec ces éclaircissements, « Papa était plus malin quand...», où l’utilisation du terme « malin » prend tout son sens, avec ses connotations diaboliques … Le Malin décidément représenté en personne qui abuse d’une femme, rappelons-nous le clip de « Je te rends ton amour », de la même période environ …

Mais même si son père abusait d'elle, au moins il n'était pas aussi hypocrite que sa mère qui voyait, qui savait, mais ne fit rien: Mylène pardonne et aime encore son père malgré ce qui lui a fait subir au nom de l'amour, plutôt que sa mère qui aurait dû s'interposer. Et ça ça ne se pardonne jamais ...

C’est en ces sens que ce texte est fondamental dans l’univers farmerien … Elle nous livre cette confidence à déchiffrer dans ce texte, peut-être n’était-ce pas la bonne clef de lecture, mais avouez que tout semble coïncider … Elle avoue si souvent tenir des révélations et des confessions dans ces textes plutôt que dans les interviews où elle reste si muette ou évasive … Ce texte en est bien la preuve !

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