D'étranges rêveries : Ses mots

"L'univers a ses mystères, les mots sont nos vies" ... Voici sur cette page tous ces mots qui nous font tant rêver ... et décortiqués, s'il vous plait !

29 octobre 2005

NOUS SOUVIENDRONS NOUS

LE TEXTE

1er couplet :

Aux vies qui s'abaissent à voir la mienne

Je sais

Qu'il me faudra prendre congé d'elles

Un jour ou l'autre

Nos vies sont des larmes d'aquarelle

Nous ne sommes reliés qu'à nous mêmes

Refrain :

Et si je perds la foi

En nous, en tout

C'est bien malgré moi

Nulle prière

A chacun de nos pas

Je doute de tout

Nous souviendrons nous de nous

2ème couplet :

Aux vies qui ont soutenu la mienne

Je n'ai

Qu'un long monologue poudré de neige

A partager

Nos vies qui s'écoulent chaque jour saignent

Nous ne sommes reliés qu'à nous mêmes

Refrain

MON ANALYSE

La chanson sur laquelle j'ai choisi cette fois de m'exprimer, « Nous souviendrons-nous », n'a jamais été exposée aux feux des projecteurs : dernière de l'album « L'Autre », elle n'a bénéficié ni de sortie single ni d'aucune interprétation sur scène, et c'est bien dommage ... Je ne vous le cache pas : c'est MA chanson fétiche de tout le répertoire de Mylène Farmer !!!

Le texte reprend plusieurs des thèmes chers à Mylène : le désenchantement, le passage du temps, la solitude de chaque être.

1 – Les rapports à l’Autre …

Ce qui ressort avant tout de ce texte, c'est un désenchantement, une désillusion face à la vie, mais à un autre degré que la chanson Désenchantée, du même album. Ici, Mylène ne cherche plus de "main qui pourra l'aider", elle semble ne plus rien attendre ni de la vie ni de quiconque : la chanson décline d'ailleurs une facette extrême du thème général de l'album, puisque ici, l'Autre n'est rien. C'est la solitude inhérente à tout être dont parle Mylène ici : quelle que soit la relation que chacun entretient avec les autres, cela ne dure que le temps de notre passage sur Terre, qui finalement est si peu ("nos vies sont des larmes d'aquarelle"). Et dans la mort, la fin de toute conscience, chacun est absolument et entièrement seul, quels qu'aient été les liens qui ont pu unir des êtres entre eux ("Aux vies qui s'abaissent à voir la mienne Je sais Qu'il me faudra prendre congé d'elles Un jour ou l'autre "). Il n'existe donc pas de lien indéfectible puisque toute relation est destinée à disparaître avec la mort de la conscience. Alors, semble nous dire Mylène, pourquoi s'attacher à l'Autre, puisque la fin est inéluctable, puisque "nous ne sommes reliés qu'à nous-même"... Tout dialogue, tout partage serait vain, puisqu'il n'en restera rien, sans aucun doute possible... Ou presque. Et c'est ce "presque", cette infime part d'espoir, ce doute, qu'exprime je pense, la dernière phrase du refrain : "nous souviendrons nous de nous". Est-ce qu'effectivement la mort de l'être est la mort de la conscience, donc la mort de ces liens qui unissent chacun à l'Autre durant son passage sur Terre et permet de parler du "nous" et non plus de soi seul?... Est-ce que dans la mort la fin de la conscience entraîne l'impossibilité de tout souvenir de l'Autre?... "Nous souviendrons-nous de nous" : l'absence de ponctuation permet de ne pas donner de sens décisif, en effet la tournure est celle d'une question, mais sans marque interrogative la phrase peut aussi être prise comme une affirmation de la persistance de ce souvenir, et si enfin on l'associe à la phrase qui la précède ("je doute de tout") le sens peut être pris comme l'expression du doute concernant l'existence dudit souvenir... A chacun de choisir sa propre réponse!...

La chanson peut donc être interprétée comme une grande désillusion face à l'importance que l'on accorde à nos liens avec l'Autre, un doute désabusé sur la persistance de cet attachement après la mort, un doute qui semble être une quasi-certitude que ces liens ne peuvent qu'être rompus...

2 – Les rapports de Mylène-artiste à son public

On peut cependant y voir une autre interprétation, une réflexion peut-être moins générale : Mylène pourrait s'exprimer ici sur les doutes qu'elle entretient à propos de son métier et de sa relation avec son public. Comme si nous étions ces "vies qui s'abaissent à voir la sienne" et qui "la soutiennent", et qu'elle n'avait en échange "qu'un long monologue poudré de neige à partager", ce qui serait une jolie métaphore du silence auréolé de mystère qu'elle aime à entretenir vis-à-vis de nous... On peut voir ainsi une introspection, une interrogation sur le rôle de ce métier public qu'elle exerce et cette relation qu'elle entretient avec nous qui en faisons partie intégrante, et enfin peut-être l'évocation d'une fin, d'un adieu à cette vie publique, un adieu qui arrivera nécessairement un jour ou l'autre : "Je sais Qu'il me faudra prendre congé d'elles " ; elles : nos vies, nous... Pourquoi ? Parce que le jour où ces doutes prendront le dessus, il lui sera sans doute impossible de poursuivre sa carrière, de demeurer sur le devant de la scène sans la passion et la foi en ce métier : "Et si je perds la foi En nous, en tout C'est bien malgré moi "... Vient alors l'interrogation cruciale : après qu'elle ait quitté les projecteurs, après le passage du temps, nous souviendrons-nous de Mylène, et elle de nous? Cela vaut-il vraiment la peine de poursuivre ce métier et d'entretenir une quelconque relation avec nous s'il n'en doit rien rester un jour ou l'autre?... Mylène nous donne peut-être ici la raison de son silence envers son public : à quoi bon établir des liens si tout doit 'estomper et mourir un jour?...

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24 octobre 2005

Présentation

citation

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INTERVIEW PARIS MATCH

Une interview absolument fondamentale donnée par Mylène pour la sortie de son best-of "Les mots", où le journaliste n'hésite pas à poser les questions qui fâchent et où l'interview semble par moments virer à l'affrontement !

INTERVIEW PARIS MATCH

6 décembre 2001

Paris Match. « Vous si mal à l’aise dès qu’un regard se pose sur vous, vos dernières photos sont limite “porno chic”. Est-ce nécessaire pour vendre?

Mylène Farmer. Il faudrait encore définir ce qu’on appelle porno chic. Il n’y a dans ces photos, que je sache, ni pornographie ni nudité apparente. A ma connaissance – pour reprendre votre terme –, la pornographie n’a jamais été chic.

P.M. Elles sont tout de même provocantes...

M.F. Je ne fais pas ce métier pour provoquer. Mais, parfois, certaines provocations sont synonymes de liberté. Dans un spot télé qu’on vient de faire pour la promotion du “Best Of” comprenant les extraits de mes clips, il y a un plan de trois secondes dans lequel un homme soulève délicatement un drap avec une badine et découvre une paire de fesses. Les censeurs de la publicité nous l’ont fait couper sans donner d’explication. Quelle hypocrisie, alors qu’on nous abreuve toute la journée de violence. Tout ce qui est tiède m’ennuie, le politiquement correct, l’uniformité de pensée et d’expression... Je ne suis pas naïve, je sais très bien qu’en publiant ce genre de photos je vais provoquer un certain type de réaction. Comme je suis la première à m’insurger contre la censure, je ne peux pas être mon propre censeur! Je vais au bout de mes désirs.

P.M. C’est rare de vous voir sourire sur des photos...

M.F. Ces photos ne représentent qu’une des facettes de ma personnalité, la plus osée sans doute. Une femme qui revendique sa féminité avec peut-être plus de verve qu’une autre. C’est la situation qui me fait sourire car cette femme, sur cette photo, c’est aussi tout le contraire de moi.

P.M. Vous ne pensez jamais aux détraqués qui fantasment sur vous ?

M.F. Je préfère ne pas y penser, sinon je ne ferais plus rien.

P.M. Vous aimez qu’on vous regarde ?

M.F. Je choisis mes moments. J’aime séduire avec les mots, avec les gestes. Si je n’aimais pas séduire, comment pourrais-je faire ce métier ?

P.M. Vous dites toujours que vous n’aimez pas vous censurer. Vous êtes pourtant une malade du contrôle...

M.F. Je sens une certaine agressivité dans votre question. Les deux ne sont pas contradictoires. Oui, je suis quelqu’un qui contrôle, mais pourquoi le contrôle serait-il condamnable ? Contrôler c’est être aussi exigeant avec soi-même qu’avec les autres, contrôler ce n’est pas ignorer ni ne pas respecter le talent des autres. Je fais ce métier depuis dix-huit ans. J’ai très vite compris qu’il fallait se méfier car il y a toujours détournement: détournement de mes intentions, détournement de mes propos dans les interviews. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle je n’en donne pratiquement jamais. J’essaie de limiter les débordements, les écarts, les mensonges. Plutôt que de passer mon temps à me justifier, ce qui n’est pas dans ma nature, je préfère le silence.

P.M. Est-ce qu’il ne vaut pas mieux parfois se tromper plutôt que de toujours être sur ses gardes?

M.F. Je me méfie d’une certaine nature humaine. Plus que tout, je redoute la trahison. Mais la méfiance n’exclut pas le don de soi. Peut-être m’a-t-on beaucoup trahie. Je ne sais pas. Ou plus. Je n’ai aucun souvenir de mon enfance et mon adolescence est en train de s’effacer.

P.M. Je vous imagine très bien petite fille en train d’arracher les yeux de vos poupées !

M.F. [Elle éclate de rire.] C’est vraiment comme ça que vous me voyez? Il y a un mois, je recousais les yeux d’un vieux lapin en peluche! Et puis, il paraît que je préférais les camions aux jeux de petites filles et que je fabriquais, comme dans “Tom et Jerry”, des petites bombes avec des bouchons de liège et une mèche que je mettais devant les perrons avant de partir en courant!

P.M. Cette histoire d’amnésie, c’est vrai ou vous l’avez inventée pour ne pas parler de votre passé?

M.F. Je ne comprends pas comment vous pouvez penser une telle chose!

P.M. Pourquoi ne vous autorisez-vous jamais à vous laisser aller?

M.F. Il n’est pas nécessaire d’avoir des raisons pour avoir peur.

P.M. Vous n’êtes faite que de contradictions. Vous êtes la plus grande schizophrène que je connaisse. Lorsque je vous ai vue pour la première fois sur scène descendre du ciel à moitié nue, offerte au public, vous si pudique, si timide, perdue dans vos profondeurs, j’avoue que j’ai du mal à recoller les morceaux de votre personnalité...

M.F. Sur scène, j’arrive à oublier le regard des autres, peut-être parce que je sais que si les gens se donnent la peine de venir me voir, c’est parce qu’ils m’aiment. La vie m’a fait un immense cadeau: j’ai une force incroyable en moi, même si parfois je vacille, elle me permet de toujours rebondir.

P.M. Depuis un an, vos fans vous reprochent, je cite, “de les prendre pour des vaches à lait” et de ne rien donner en échange...

M.F. Ne faites pas d’un cas isolé une généralité. Je veux qu’on sache que je n’ai jamais été à l’initiative d’un fan-club, ni officieux ni officiel. Je n’adhère pas au culte de ma personnalité. Si quelqu’un ou quelques-uns ont décidé de leur plein gré de créer un fan-club, c’est sous leur entière responsabilité. Je ne me suis pas opposée à la publication de leurs journaux car ils étaient de qualité. Mais, pour autant, leur destinée n’est pas de mon ressort et ils le savent très bien. En revanche, je suis toujours étonnée de voir certains médias reprendre indéfiniment les mêmes fausses informations.

P.M. Mais vous ne leur donnez rien !

M.F. Je ne pense pas qu’on “donne” nécessairement quelque chose en racontant sa vie dans les journaux. Je suis quelqu’un de très secret. Mon respect pour le public est sans ambiguïté. Mon implication morale, intellectuelle et sentimentale est la même, de l’écriture d’une chanson à la fabrication d’un clip, d’un tee-shirt ou d’un spectacle. Quand je donne un concert, il y a un investissement colossal sur scène aussi bien émotionnellement que financièrement. J’offre exactement le même spectacle à Paris, en province ou en Russie.

P.M. Dans un sondage, vous êtes, après Laetitia Casta, la personne qui gagne le plus d’argent dans ce métier: 35 millions de francs par an. C’est vrai ?

M.F. C’est aussi faux que lorsqu’on dit que je suis enceinte, que mon vrai prénom est Marie-Hélène ou que le magazine “Marie-Claire” affirme que je suis mère d’un enfant. L’argent me donne une formidable liberté mais ce n’est pas une fin en soi.

P.M. Vous gagnez plus ou moins?

M.F. Que Laetitia Casta?

P.M. Vous refusez toujours de parler de votre vie privée, alors on l’invente!

M.F. Dans vie privée, il y a privé. Le mot est suffisamment éloquent. Je n’admets pas cette forme d’intrusion. Je suis comblée émotionnellement dans ma vie et dans ma carrière, je n’ai rien à ajouter.

P.M. Vous vous donnez, vous vous dérobez. Vous êtes consciente quand même que vous entretenez des rapports névrotiques avec la célébrité?

M.F. Je n’ai pas décidé de faire ce métier pour être connue mais pour être reconnue. Je n’ai pas à me justifier. On me reproche toujours mon prétendu silence, mais le silence est ma nature profonde. Ce qui est amusant, c’est que ce que certains aiment chez moi est en même temps ce que d’autres finissent par me reprocher. Alors que faire?

P.M. Récemment, dans un dîner bien parisien, certains invités s’étonnaient, entre autres choses, de votre amitié avec Salman Rushdie...

M.F. J’aime l’écriture. Ceux qui m’aiment le savent. Ils ne doivent pas être dans vos dîners mondains. La culture a toujours eu une place très importante dans ma vie. J’aime Bataille, Cioran, Edgar Poe, Tchekhov, Baudelaire. La poésie me transporte. Comme je parle peu, je lis souvent.

P.M. Les attentats du 11 septembre aux Etats-Unis et les événements qui en ont découlé ont été un réveil pour beaucoup de gens. Et pour vous?

M.F. Je n’avais pas besoin d’une immense catastrophe pour me réveiller et me faire comprendre les urgences de la vie. Je ne passe pas une journée sans penser à la mort. Pour la plupart des gens, les cimetières sont chargés de tristesse. Pas pour moi. Je les visite comme on visite des musées. Je m’y sens bien quand ils sont beaux. De même qu’un arbre calciné peut être aussi émouvant qu’un arbre en fleur.

P.M. Est-ce que je peux parler de vos activités silencieuses auprès des enfants malades?

M.F. [Mal à l’aise.] Pour quoi faire? Ces moments sont des moments d’une grande richesse, très forts et trop rares aussi. Des moments bénis, des moments silencieux qui leur appartiennent.

P.M. Vous venez d’avoir 40 ans. Vous projetez toujours une image de jeunesse. Il y a un moment où ça deviendra indécent...

M.F. Il y a une grande part d’enfance en moi, peut-être que je ne dois pas la quitter. Je sais qu’il y a un âge où on ne peut plus faire le Marsupilami sur scène. C’est vrai que j’ai peur de vieillir. Ce qui est rassurant c’est que, quand les hommes parlent bien des femmes, ils disent qu’au-delà de la quarantaine elles sont en pleine possession de leur féminité.

P.M. Vous croyez que vous pourrez vous passer des applaudissements?

M.F. C’est une question cruelle mais j’y pense parfois. Je saurai quand viendra le moment où il faudra que je change. Non pas le fond de mon expression mais la forme. Je saurai ne pas faire le “combat de trop”. Partir avant de lasser. »

Entretien : Dany Jucaud

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12 août 2005

Nobody knows

nobody_knows

Ce texte est celui de la chanson cachée de l’album « Avant que l’ombre … ». Il n’y a donc pas de texte officiel et cette analyse ne se porte que sur les sonorités …

C’est un texte finalement uniquement composé de quatre phrases répétées chacune deux fois … Il me fait penser à un texte de Rimbaud : on n’y comprend d’abord rien, puis ensuite on le découvre réellement, et on ne peut s’en défaire …

« L’aube a bu sa transparence »

L’aube est ici le lever du soleil qui rappelle « Et pourtant » avec son « Là pourtant le jour s’est levé pour éclairer le monde » … Ce album se termine par cette chanson … L’ombre pressentie est bel et bien arrivée … Le soleil, après s’être en cet album brillamment levé, se couche … inexorablement … La « transparence » est celle révélée par « Redonne-moi » où elle dit que « Là sous l’apparence gît le blême » … Cet album fut pour elle un album de transparence, car d’insouciance aussi … Mais une page se tourne … Fini toutes ces festivités appelées par le terme de l’aube qui a « bu » sa transparence … Elle l’a bu à souhait … Trop peut-être … Mais cela se termine, alors …

« ‘Ghost’ elle est infiniment »

Alors l’aube est devenue un « ghost » : un fantôme … Tout cet optimisme s’est effondré à jamais parce qu’il est devenu fantôme « infiniment » … Jamais il ne reviendra, apportant avec lui la sérénité qu’il avait apporté … Mais le sens de « ghost » est double parce qu’il peut aussi être un fantôme, un spectre, qui la hantera dans les années futures comme un souvenir perdu de ces années de transparence et de sérénité qu’elle avait trouvé avec cet album …

« L’aube a su la lune entendre »

En même temps, comme nous l’avions vu avec l’analyse complète de l’album (voir dans la rubrique Discographie, puis « Avant que l’ombre … »), il n’y a pas de refus de cette ombre … mais une résignation, n’accusant que la fatalité … La lune symbolise la nuit, l’ombre donc … Voyant celle-ci arriver, l’aube est partie d’elle-même, sachant « la lune entendre » … Sans résistance, offerte à son Destin …

« Nulle vie, nul ressentiment »

ou « Nul vit, nul ressenti ment »

ou « Nulle vie, nul ressenti ment » …

On ne sait exactement le véritable texte … Mais qu’importe, le sens est à peu près le même : cette ombre a apporté les idées noires qui vont la hanter dans les années à venir … où il n’y aura ni plus de vie, ni de sensations et d’émotions fortes comme auparavant …

Ainsi, avec cette chanson, on découvre Mylène qui s’offre à l’ombre, comme un viol consenti … C’est ainsi que se termine cet album, nous laissant présager un étrange avenir … Tant mieux !

Pourtant, « Nobody knows » : personne ne le sait !

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06 juillet 2005

AINSI SOIT-JE ...

ainsi_soit_je_...

Clip

En concert 89

Live à Bercy 96

LE TEXTE :

Ainsi Soit Je ...


Bulle de chagrin
Boule d'incertitude
 

Tant de matins
Que rien ne dissimule
Je veux mon hiver
M'endormir loin de tes chimères
Je sais bien que je mens
Je sais bien que j'ai froid dedans
 


Bulle de chagrin
Boule d'incertitude
De nos destins
Naît que solitude
Tu dis qu'il faut du temps
Qu'aimer n'est pas un jeu d'enfant
Je sais bien que tu mens
Mais je suis si seule à présent
 


Ainsi soit-Je
Ainsi soit-Tu
Ainsi soit-Il
Ainsi moi je
Prie pour que Tu
Fuis mon exil
Mais quel espoir
Pourrais-je avoir
Quand tout est noir ?
Ainsi soit-Je
Ainsi soit-Tu
Ainsi soit ma vie
Tant pis.
 


Bulle de chagrin
Boule d'incertitude
Deux orphelins
Que le temps défigure
Je voudrais mon hiver
M'endormir loin de tes chimères
Tu sais bien que je mens
Tu sais bien que j'ai froid dedans
 

Ainsi soit-Je
Ainsi soit-Tu
Ainsi soit-Il
Ainsi moi je
Prie pour que Tu
Fuis mon exil
Mais quel espoir
Pourrais-je avoir
Quand tout est noir ?
Ainsi soit-Je
Ainsi soit-Tu
Ainsi soit ma vie
Tant pis...

 

MON ANALYSE :

Le texte commence par une brève explication de son état d’esprit actuel où règnent la tristesse et l’incertitude … Cette peine semble durer depuis plusieurs jours, la durée est indéterminée, mais elle aboutit sur une lassitude clairement exprimée … Elle est réduite à compter les jours uns à uns, trop nombreux à ses yeux : « Tant de matins / Que rien ne dissimule ».

Naît alors de cette situation un profond agacement vis à vis de cet homme et de ses projets toujours plus fous et irréalisables ! Elle prend alors une décision de façon péremptoire : elle préfère partir à rester avec cet homme qu’elle aime mais qui l’amène à se renfermer dans sa peine sans que l’on l’y dérange : « Je veux mon hiver / M’endormir loin de tes chimères » …

Cependant, elle l’aime toujours et sait qu’il est la seule personne qui la comprend ! Dès lors, elle se rend compte que ce n’est pas exactement ce qu’elle voudrait : « Je sais bien que je mens » … Le conflit cornélien est donc clairement expliqué : elle sait qu’elle ne peut vivre et s’épanouir en vivant auprès de lui ; mais le fait d’être sans lui ne la soulage pas non plus ! Elle sait qu’elle souffre et ne sait quelle attitude adopter face à cette souffrance … Elle contrebalance donc le « Je sais bien que je mens » avec « Je sais bien que j’ai froid dedans » … Elle sera ainsi aussi malheureuse loin de lui …

Le deuxième couplet s’ouvre par ce même constat, sur sa vie se répétant comme les formules de la chanson : « Bulle de chagrin / Boule d’incertitude » … Rester tous deux ne leur apporte rien, pas même une compagnie : « De nos destins / Naît que solitude » … Elle nourrit ce sentiment d’un exemple : « Tu dis qu’il faut du temps / Qu’aimer n’est pas un jeu d’enfant » … Il dit que l’amour n’est pas facile et que cela ne se crée pas du jour au lendemain … Mais il dit des choses incroyables qu’il ne pense pas : elle sait qu’aimer ne s’invente pas, ce doit être spontané ! « Je sais bien que tu mens / Mais je suis si seule à présent » …Elle ne peut se résoudre à ces paroles qu’elle refuse, mais est-ce pire ou mieux que sa solitude … ?

Le refrain est donc comme une réponse aux hésitations des couplets … Elle semble malgré tout choisir définitivement de fuir, de tuer cette romance en partant, seule … « Ainsi soit-Je /  Ainsi soit-Tu / Ainsi soit-il » … Elle présente la situation, qui est une fatalité, avec l’expression détournée d’ « Ainsi soit-il » … Le « Je » et le « Tu » sont des personnages extérieurs au refrain … Ce sont leurs noms puisqu’ils ont des majuscules et que ce n’est pas « Ainsi sois-je » mais « Ainsi soit-Je » …

Dans les vers suivants, elle lui explique clairement qu’elle part et le supplie de ne pas la suivre … irrévocablement ! « Ainsi moi je / Prie pour que Tu / Fuis mon exil ». Le « je » est devenue elle-même sans majuscule, tandis que lui reste enfermé dans son personnage des couplets … Elle, a évolué de cette fuite, de cet exil …

Cependant, elle se rend à nouveau compte que sans lui, la vie reste triste et sans intérêt : « Mais quel espoir / Pourrais-je avoir /  Quand tout est noir ? » … Elle choisit donc malgré tout de vivre sa vie, fatalement : « Ainsi soit ma vie / Tant pis » … C’est la seule solution, avec l’ombre du suicide qui point cependant …

Mais rien n’y fait, le couplet revient, fatalement lui aussi : cette fuite n’est pas une fin en soi car la même solitude rejaillit … « Bulle de chagrin / Boule d’incertitude » … Rien n’a changé …

« Deux orphelins / Que le temps défigure » … Elle nous explique pourquoi toutes ses tentatives sont vaines : ils vivent chacun dans leur monde, ils sont aussi seuls que des orphelins perdus, sans repère, sans confident, que personne ne comprend et qui ont juste comme ami le temps qui les fait vieillir … Comme une fatalité, une fois encore …

Elle sait donc à nouveau qu’elle veut partir, mais où ? « Je voudrais mon hiver / M’endormir loin de tes chimères » … La décision est moins nette, moins sûre, moins irrévocable : elle ne « veut » plus mais elle « voudrait » … !

« Tu sais bien que je mens » … Il sait bien qu’elle l’aime encore, mais il sait aussi voir ses vrais maux : « Tu sais bien que j’ai froid dedans » … Il comprend son désarroi mais il ne sait qu’y faire … Il est trop tard, et il accuse lui aussi la fatalité …

Avec la reprise du refrain, on comprend qu’elle part à nouveau, toujours sans direction, perdue dans le temps qui passe et qui noue et dénoue les liens …

Posté par Juke Box à 12:17 - 02 - Ainsi soit-je ... - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

01 juillet 2005

Prague

prague_1

« De Prague, au fond, je n'ai qu'une impression. On ne peut pas dire que je l'ai écumée. Ou que j'en ai "fait" toutes les églises et tous les musées; J'ai déambulé. Je me suis laissée porter au fil des rues, avec le sentiment d'être choisie par les lieux où je m'arrêtais. Cette ville, on ne la force pas, c'est elle qui vous prend. Voilà peut être sa beauté, son mystère. On croit y avoir vécu quand on n'y fait que passer. Je l'ai découverte en 1993, lorsque je finissais de Giorgino. Avant, nous étions restés longtemps dans la campagne tchécoslovaque. C'était l'hiver, un hiver de plaine immense et de neige qui crisse sous les pas. Un hiver comme je les aime, froid, dense. Je ne suis pas née au Canada pour rien ! Et puis, en avril, nous sommes venus terminer le film en studio, à Prague. Il y a, à la périphérie immédiate de la ville, un centre cinématographique très important : Barandov. Un endroit curieux, une sorte de petite, cité aux frontières de la grande, vouée toute entière au cinéma. Le quartier en lui-même n'a rien de très séduisant : une énorme concentration de bâtiments fonctionnels qui ressemblent à des villas. Mais l'histoire en son nom, en revanche me plaît beaucoup. Il le doit à un savant français du XIXème siècle, Joachim Barrande, un paléontologue qui a consacré sa vie à l'étude des fossiles. La colline de calcaire sur laquelle s'élève aujourd'hui les studios en était pleine. Il l'a exploré de fond en comble et, en souvenir de ses recherches, on a baptisé le site Barandov. C’est là pendant presque deux mois que j'ai passée mes journées. Mais, le soir et le week-end, retour au coeur de Prague. Il n'y avait pas de rupture : l'atmosphère de la ville prolongeait celle du film.

L'un et l'autre inspiraient la même nostalgie poétique. Ils me semblaient habités des mêmes anges et des mêmes démons. Le pont Charles reliait les deux rives de ma vie là-bas, comme il relie depuis des siècles Màla Strana - le Petit Côté- à la vieille ville. 

Il a tout de suite pris beaucoup d'importance pour moi. La beauté de ses perspectives et ses étonnantes statues de saints en fait le monument le plus fréquenté de Prague. Mais curieusement, on peut entretenir une relation d'intimité avec lui. Malgré la foule des promeneurs et des marchands de souvenirs. Je m'y posais souvent, comme sur un fil, pour rêver. On s'y sent flotter entre deux mondes Il est comme un point d'équilibre fragile et précieux entre la terre et l'eau, le sacré et le profane, l'ombre et la lumière. J’avais l'impression que toute la magie de Prague venait se concentrer, se condenser là. Et cette présente de l'eau... Douce, sensuelle, le symbole même de la vie.

Je revenais presque chaque fois sur les quais. J'avais même fini par instaurer une sorte de rituel autour du fleuve... La Vltava, la Moldau, ces deux noms sont si beaux ... Je descendais sur l'île Kampa, isolée du reste de Malà Strana par la Certovka - la rivière du diable !

Ses vieilles maisons et son parc immense donne à la moindre balade un air de pèlerinage romantique. On comprend que cette île soit devenue le refuge des amoureux.

On y éprouve un sentiment de paix mélancolique. On entend le clapotis de l'eau, le bruissement des feuilles. Des sons fluides, des froissements légers qui restent pour moi les bruits de Prague. J'avais pris l'habitude d'aller m'installer au café Lavka, sur l'autre rive, au pied du pont Charles. J’y passais des heures, au ras de l'eau, à regarder voguer les cygnes et changer la lumière. A mesure que le soir tombe, tout se métamorphose. Mon café se faisait boîte de nuit, et les abords de la rivière s'embrumaient, se diluaient.

C'est le moment où l'on perçoit le mieux la complexité et l'intensité de la ville. On s'attend à voir passer des fantômes sans tête, on sent que les légendes se mettent à vivre, et, en même temps, les gens dans les cafés et les bars à bière se retrouvent et discutent avec une vitalité et une chaleur incroyable. Au Lavka, on exposait les jeunes artistes. Partout, c'était une explosion spontanée de musique, de peinture, de mots. Cette envie de rattraper la liberté perdue était presque palpable. Il faut croire à la justice poétique puisque ce peuple passionné d'art s'est libéré par "une révolution de velours" et s'est donné un président écrivain, Vaclav Havel. Dans la vie de tous les jours en revanche, les Tchèques avaient encore du mal à s'affranchir des contraintes. Au restaurant, par exemple, j'ai eut souvent l'impression que nos demandes, comme vouloir un autre couteau ou faire ajouter une assiette, paraissaient "hors normes". Ils n'étaient pas à l'aise devant ces imprévus. De toute façon, c'est à nous de ne pas choquer.

J'ai des souvenirs heureux des contacts avec les Tchèques. J'habitais à l'hôtel Panorama, dont il n'y a pas grande chose à dire. Rien à voir avec le célèbre Europa, ce temple de l'art nouveau , couronné de nymphes dorées, que l'on peut admirer Place Vencelas. Ma chambre était rudimentaire, mais quelle importance ? J'ai du mal à m'installer quelque part. je me pose, j'aménage, mais une partie de moi n'y ai pas et une partie de la maison ou de la pièce ne se terminera jamais. Pourtant, j'étais chez moi au Panorama - enfin, autant que je peux l'être -, grâce aux merveilleuses dames qui s'étaient mises à veiller sur moi. Elles étaient trois, s'occupaient du ménage et du service de l'étage, et sont très vite devenues mes mères et grand-mères de substitution.

Ne parlant pas du tout la même langue, nous communiquions par regards et par gestes mais nous arrivions à nous "dire" avec beaucoup de force notre tendresse et notre respect. Elles m'ont offert des "Kraslice", de beaux oeufs de Pâques de toutes les couleurs quelles avaient décorées elles-mêmes. la plus douce m'a brodé un napperon et envoyé des cartes postales longtemps après mon départ. Ce qu'elles étaient belles toutes les trois ! Les gens sont beaux à Prague, surtout les femmes, avec leurs pommettes, leurs yeux clairs, cette allure à la fois robuste et gracieuse qui me touche tant.

C'est vrai qu'après cela je trouvais plus difficile de rejoindre la cohorte anonyme et bruyante des touristes. Avec les gens comme avec les lieux, j'ai besoin d'une relation à part. Je n'ai pas ressenti d'émotion place de la Vieille ville. Il y avait trop de monde, nous regardions tous les mêmes choses au même moment. J’ai été impressionnée par la beauté de ces maisons très colorées dont les styles - gothique, baroque, rococo,- ne se heurtent jamais, mais se fondent, s'harmonisent. J'ai suivi, fascinée, le manège de la mort et le défilé des apôtres à l'horloge de l'Hôtel de ville. J'ai admirée les flèches de Notre-dame-de-Tyn dans le ciel. Mais je n'ai éprouvé à tout cela qu'un plaisir extérieur, une satisfaction de curiosité un peu triviale. L'émotion est revenue, profonde, lorsque j'ai découvert les lieux où avait vécu, étudié KafKa. 

La maison "A la minute", le palais Golzkinsky, le carolinum... L'écrivain a passé presque toute sa vie dans ce périmètre restreint de la Vieille Ville. J'aime ses livres, son implacable exploration des profondeurs. Chaque fois que je m'enfonçais dans une ruelle, j'avais l'impression qu'il était là, présence opaque et fraternelle.

Autant la place m'a peu touchée, autant je me suis enfouie avec bonheur dans le labyrinthe de petites rues qui l'entourent. On va au hasard et, tout de suite, on partage un secret avec elles. On y trouve des étals, des échoppes, c'est là que j'ai acheté des "souvenirs" que j'ai rapportés. Drôles de souvenirs ! De vieux moulins à café, bien usagés, avec une poignée à moudre et un petit tiroir, dont je me sers vraiment. Des rasoirs de barbiers anciens, à manche à bois et aigué. Eux aussi sont des objets familiers, on voit bien qu'ils ont longtemps vécu dans des boutiques ou dans des foyers, mais ils gardent leur caractère inquiétant. Je rêve souvent de rasoirs dans mes cauchemars, il y a toujours quelque chose de tranchant et de tranché. Est-ce que j'ai cherché à exorciser cette hantise en achetant des "coupe-chou" ? J'ai rapporté aussi des marionnettes en bois. On en trouve beaucoup à Prague. Je suis très sensible à cette qualité de travail manuel. Et j'aime jouer avec l'idée que que ces petits personnages gracieux et inoffensifs vont s'animer d'une vie propre. Si l'on y pense, leur présence, brusquement, devient troublante, vaguement menaçante. A errer sans plan dans ces rues, il m'est arrivé de me perdre. Mais jamais pour rien. J'ai été conduite là ou je devais aller. C’est comme ça que j'ai découvert Josefov, le quartier juif de la ville. Quand j'ai vu le vieux cimetière, j'ai été submergé d'émotion. la rencontre la plus forte, la plus importante de mon séjour. J’aurais voulu être juive, je me sens juive. J’ai l'impression de partager cette douleur de l'arrachement, ce long chagrin des racines coupées. Mais aussi, ce besoin du lien, de la transmission. Devant ces tombes superposées et ces stèles si serrées, j'ai pensé à l'écrivain Primo Levi. Bien que l'endroit date du XVème siècle, les images de la guerre et des camps vous arrivent tout de suite. On devrait donner à lire Si j'étais un homme à tous les adolescents. Pour qu'ils comprennent en mêmes temps ce que sont le Mal et l'Humain. Je le considère comme un chef-d’œuvre irremplaçable. Ensuite seulement, j'ai ressenti de la douleur à être là, dans ce lieu si beau, presque un jardin minéral. Pour moi, les cimetières ne sont pas des endroits tristes, tragiques, parfois, mais pas sinistres. J’ai retrouvée des lettres que j'avais écrites, enfant, à ma grand-mère, dans toutes je lui disais : si tu veux, dimanche, je t'accompagnerai au cimetière..." je l'envisageais sans angoisse, comme un cadeau à lit faire, une belle chose à partager. A Prague, j'ai aimé cette jonchée de pierres, vivantes et meurtries, et cette floraison de petits cailloux sur les tombes. Celle du philosophe érudit Rabbi Löw, soupçonné d'avoir donné vie au Golem, est toujours vénérée. Près de quatre cents ans après sa mort. Quelle fidélité et quelle foi parfaite !

Cette visite du quartier juif a ouvert comme une brèche en moi. Quelques jours plus tard, comme je repartais sur les traces de Kafka, de l'autre coté de la rivière, à la recherche de la Ruelle d'Or où il vécut quelques mois, je suis "tombée" sur la basilique Saint-georges. C'est une église romane étonnante, à la façade baroque ajoutée, mais à l'intérieur pur et austère. D'habitude, je serais entrée juste pour regarder. J’aime bien visiter les églises, mais je ne m’y attarde pas, là je me suis assise et je suis restée un long moment. Plus tard, j'ai compris que Prague tout entière appelait le recueillement. C'est un lieu "chargé" de souffrance et d'espoir, de douceur et de combat, de courage et de poésie. Finalement, avec les villes comme les êtres, on en communique vraiment que par des blessures et par des rêves. »

1996

Objectif Femme

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22 juin 2005

FUCK THEM ALL

LE TEXTE :

La nature est changeante

L'on respire comme ils mentent

De façon ravageuse

La nature est tueuse

Au temps des "Favorites"

Autant de réussites

Pour l'homme qui derrière a...

Une "Belle" qui s'affaire... à

Faire... de leur vie un empire

Blood and tears !

Faire l'amour à Marie

Blood and tears !

Et "Marie" est martyre

Blood and tears

Sur le mur nos soupirs !

REFRAIN :

Fuck them all !

Faites l'amour

Nous la guerre

Nos vies à l'envers

Fuck them all !

Faites l'amour

Nous la guerre

Saigner : notre enfer !

Fuck them all !

Faites l'amour

Nous la guerre

Nos vies à l'envers

Blood and soul

Faites le nous !

Dans le texte

Le sang c'est le sexe

De Nature innocente

L'on manie élégance

Et d'une main experte

D'un glaive l'on transperce

Les discours trop prolixes

Que de la rhétorique

Lâchetés familières

Qui nous rendent guerrières

Refrain

MON ANALYSE :

Dans ce texte assez opaque malgré aussi étrangement explicite, Mylène règle ses comptes … Elle l’avait déjà fait (« Je t’aime mélancolie », « Désenchantée »), mais elle semble, en cherchant bien, dénoncer des points précis … Ce texte est également plus pessimiste, même si elle est également un constat sur le monde, sur sa désillusion … Mais elle ne cherche pas ici « une âme qui pourra m’aider » … Elle est seule face à sa déroute … Aussi, dans cette chanson, les voix sont multiples et le texte même le français à l’anglais, dont le titre, une insulte … Pourquoi ?

Entre autres multiples interprétations (fuite de tourments existentiels, métaphysiques et autres …) de cette nouvelle chanson de Mylène Farmer, tant décriée, il nous semble que la plus aboutie et juste soit celle de la lutte féministe … Si si ! Un ultime chapitre para féministe plus découragé que combatif, d’où sa force et son efficacité !

Eclaircissements …

1 – La dénonciation

Le texte est donc une dénonciation de la condition de

la Femme

… La femme-objet, la femme servile, toutes y passent au peigne fin !

Pour illustrer ce propos des renversements dans l'Histoire, Mylène reprend la figure de la « Favorite », ces femmes choisies par les rois et les puissants pour être leurs maîtresses, mais souvent aussi leurs conseillères. On se souvient ainsi de Mme de Pompadour qui dirigeait

la France

comme une reine par ses judicieux conseils. Ici la femme est à la fois soumise, car dépendante de l'homme (du roi qui verse les pensions par exemple), mais aussi puissante car considérée presque aussi également qu'une reine …

« Au temps des « Favorites » / Autant de réussites »

Ici, ces réussites peuvent être à la fois pour l'homme qui écoute ses favorites et qui récolte le fruit de leurs conseils. Mais aussi pour ces dites favorites qui disposent d'un rang et d'un train de vie tout à fait exceptionnel pour l'époque.

Ainsi, Mylène semble décidément avoir beaucoup lu Virginia Woolf qui disait : « Tous ces siècles, les femmes ont servi de miroirs, dotés du pouvoir magique et délicieux de refléter la figure de l'homme en doublant ses dimensions naturelles. » Se mettre au service de la gente masculine depuis des millénaires est vain … car il ne profite qu’à l’homme qui manipule :

« Pour l'homme qui derrière a ... / Une « Belle » qui s'affaire ... à »

Mylène rappelle encore une fois que la femme, quoi qu'il advienne, qu'elle soit favorite ou non, se retrouve toujours derrière l'homme, à s'occuper de lui, de son foyer et autres... Le terme «Belle» est en effet un terme courtois qui signifie tout simplement femme.

« Faire ... de leur vie un empire »

La femme doit donc «s'affairer» pour l'homme, se plier à ses volontés et faire de son taudis un royaume, de sa vie une joie permanente. La femme est au service de l'homme... De tous temps les femmes ont servi d'apparats pour les hommes, les aidant, grâce à leur simple présence, à conclure une affaire, à paraître plus noble en société. Une condition qui n'a guère changé de nos jours. On pourrait illustrer ceci par la scène où l'homme d'affaire se fait escorter d'une jolie femme devant les photographes dans le clip de « California », décidément habituée à décrier la condition de la femme. La femme doit tout faire pour l'homme, c'est ainsi depuis la nuit des temps. Etre belle, le servir et se taire ...

Ces petits bouts de phrases sont renvoyés à un retour :

« Blood and tears ! »

Tout ceci génère bien entendu «larmes et sang». Larmes pour cette condition de vie nettement pathétique. Et sang pour ce dur labeur à faire en permanence pour son homme.

Nouvel exemple avec « Faire l'amour à Marie » … Ainsi, pour montrer la violence de l'homme envers la femme, notamment sexuelle (puisque parfois dans le couple la femme sert aussi et surtout de poupée gonflable qui exulte les désirs de l'homme), Mylène prend l'exemple le plus extrême : celui de

la Vierge Marie

dont ici on rompt l'hymen : on lui fait l'amour, sacrilège ultime, perte de sa condition de sainte à jamais !!!

S’en suit à nouveau le retour « Blood and tears ! » car n’en résulte là encore du sang et des larmes. Mais cette fois-ci, le sang représente la perte de la virginité de Marie et les larmes succèdent à cette douleur physique. La douleur morale est tout aussi forte !!!

« Et "Marie" est martyre »

La Vierge

ainsi altérée ne peut que devenir martyre. On peut aussi citer ces femmes qui sont lapidées par leurs époux dans certains pays musulmans parce qu'ils ont découverts qu'elles n'étaient plus vierges à leur mariage. Ne pas posséder une femme pour la première fois revient à un péché puni par la mort. Souillure du sexe par le sang. Marie est ici entre guillemets car elle représente toutes les femmes à son seul nom. D'ailleurs c'est la seule femme citée dans toutes les religions, quoi de plus universel que de la mettre en égérie de ce texte qui met en exergue tout ce dont sont capables les hommes contre les femmes !

« Sur le mur : nos soupirs ! »

On retrouve en cette phrase toute la force de l’écriture de Mylène qui mêle, comme dans « Souviens-toi du Jour … » des valeurs abstraites à des faits concrets : elle reprend ici l'image du Mur des Lamentations de Jérusalem. Ici, un mur symbolique qui recueillerait toutes les déceptions des femmes. Mais aussi, par la même phrase une image plus dure qui est celle de ces femmes battues à mort et qui rendraient leur dernier soupir sous les coups, les pierres, contre un mur cette fois-ci bien réel et non plus imagé ... !

On peut d’ailleurs remarquer que Mylène utilise constamment le « Nous » pour parler des femmes en général, ce qui renforce profondément la critique !!!

« De nature innocente / L'on manie élégance »

Cette fois-ci, on ne parle plus de la nature en général, ni de la nature humaine en particulier, mais seulement de la nature féminine. Ici, Mylène la qualifie d'innocente, comme si c'était la définition de la femme. Par exemple, Jeanne d'Arc fit bien rire les Anglais lorsqu'ils la virent approcher dans son armure : une femme ne peut être dangereuse... Ils n'auraient jamais cru qu'elle parviendrait pourtant à les bouter hors du royaume ... Cette phrase est donc aussi un nouveau rappel des fonctions de décoration des femmes, crées uniquement pour enjoliver la vie, si possible celle de l'homme !

« Les discours trop prolixes / Que de la rhétorique / Lâchetés familières »

Les hommes sont trop bavards semble-t-il ici ... Ce qui renvoie d’ailleurs à « L’on respire comme ils mentent qui annonçait la couleur au début ! « L'on » était ici l'ensemble des femmes. De tous temps, elles ont été condamnées à suivre les hommes, à vivre selon le gré de ces derniers. Mylène détourne ainsi le fameux proverbe «Mentir comme on respire». Mentir était la raison de vivre de ces personnes qui ne savent dire un mot sans détourner la vérité (il n’y a qu’à voir le nombre d’hommes politiques par rapport au nombre de femmes). C'est devenu leur seconde nature. Ici, les femmes doivent subir les mensonges et tromperies perpétuels de leurs époux/pères/amants/fils et faire comme si de rien n'était. Les hommes noient le poisson avec leurs beaux discours, les femmes auraient tendance, dit Mylène, à aller plus dans le fondamental, directement, sans enjoliver.

Il est aussi un autre passage clairement dénonciateur : le pont musical, si violent !

“Hey Bitch, you're not on the list

You Witch ! You suck, you bitch ! (they said)

What's your name again”

Dans ce pont musical, Mylène entonne d'une voix grave et parlée ces délicates insultes: «Hé salope, t'es pas sur la liste. Sorcière! Tu crains, salope! (disent-ils). C'est quoi ton nom déjà?».

Un ultime rappel de tout ce que doivent endurer les femmes... «Salope» est en effet une des insultes les plus courantes. D'après de nombreux hommes, la plupart des femmes seraient des « salopes qui ne penseraient qu'à se faire baiser » ...

La liste débitée pourrait être celle des Dom Juan qui ont une liste incalculable de conquêtes, mais aussi les différents castings de mannequins où la femme est traitée en présentoir ! et non en être humain ! D'où aussi le «c'est quoi ton nom déjà ?» signifiant que ces conquêtes ne comptent absolument pas, qu'une fois prises elles ne représentent plus rien...

Cependant, il contient également une autre dimension : plus qu’un constat, c’est une lutte contre la gente masculine … Mais une lutte que l’on ressent par ses mots comme vaine mais aussi futile puisque désespérée … Personne n’y croit ! Il est trop tard ?

2 – Une futile et vaine tentative de lutte

« La nature est changeante »

Ainsi, Mylène annonce directement la couleur dès le premier vers. On va parler de changement, du fait que telle chose qui a toujours eu lieu, qui se répète inlassablement va se transformer, être supplantée par une autre. La loi de

la Nature

en somme qui reprend ce qu'elle donne, qui fait se changer les rôles dans la chaîne alimentaire, le plus fort devient le faible et vice versa. Ici dans la chanson, on l'apprendra plus loin, c'est le rôle proéminent de l'homme qui va être remis en cause. Car il s'agit d'une chanson avant tout sur la nature humaine, bien plus subtile et vicieuse.

« De façon ravageuse / La nature est tueuse »

Ce retournement de situation des femmes sur les hommes sera violent. On le pressent déjà à ces vers. Quand

la Nature

reprend ce qu'elle a offert ou change la donne, cela se fait toujours de manière violente et inéluctable. On a déjà pu le voir à travers l'Histoire. Ici, les femmes doivent lutter face à des millénaires de soumission masculine. Pour renverser la situation, ce sera forcément avec la force. Cependant, Mylène le chantait déjà dans Méfie-toi : «

La Force

est féminine » …

« D'un glaive l'on transperce »

On dit parfois d’une femme qu’elle est une « main de fer dans un gant de velours » ... Voilà qui pourrait qualifier les femmes d'aujourd'hui (et Mylène Farmer doit s'y reconnaître fortement). La femme peut tout aussi bien tuer et les exemples ne manquent pas, il en pullule dans l'histoire et les actualités. Ici, ce transpercement se fait à la fois physiquement et moralement avec l'affirmation des femmes dans la société.

« Qui nous rendent guerrières »

Cette situation ne pouvant plus durer, les femmes sont «stoïques, mais plus pour longtemps» pour reprendre ce vers de « Pas de doute », première chanson de nature féministe de Mylène. Elles décident d'inverser cette donne, de manière plus violente qu'on n'aurait cru d'elles. De fait, on retrouve ceci dans le clip de « Fuck them al » avec cette femme belle en apparence douce qui manie l'épée (symbole phallique par excellence !) et décapite des hommes symbolisés qui ne bougent plus depuis longtemps, lovés dans cette situation ancestrale de leur domination... Mais le chemin sera encore long pour que les femmes obtiennent gain de cause ... !!!

Preuve du renversement de situation voulu aussi … Et le refrain vient d’ailleurs confirmer tout cela …

« Fuck Them All ! »

Ce cri est celui de toutes ces femmes : «Qu'ils aillent tous se faire foutre!». Rendre les coups reçus. Que les hommes subissent eux aussi ce que les femmes ont subi.

« Faites l'amour / Nous la guerre / Nos vies à l'envers »

C’est donc le renversement de la situation : les femmes habituées aux choses de l'amour et les hommes à celles de la guerre doivent inverser leurs rôles. Les femmes partent à la bataille, dans une guerre imagée contre le sexe fort. Une situation qui existe un peu de nos jours avec les femmes qui accèdent aux places importantes et les hommes qui restent au foyer pour s'occuper de leur famille …

« Faites l'amour / Nous la guerre / Saigner : notre enfer ! »

Rappel de tout ce que doivent subir les femmes, jusqu'au sang, jusqu'à la mort dans les cas les plus extrêmes qui ne sont hélas pas rares...

N’oublions pas que rien qu'en France, une femme sur 10 meurt battue par son mari ...

« Blood And Soul »

Nouveau rappel au cas où l'on n'aurait pas encore compris, mais en anglais, dans la langue universelle (pour maux universels ?) avec ce «sang et âme» mêlés : douleur physique et celle de l'esprit.

« Faites-le nous ! / Dans le texte / Le sang c'est le sexe »

Dernière injonction pour demander aux hommes d'officialiser ce retournement de situation, de bien vouloir l'accepter, de l'inscrire noir sur blanc. Et rappel aussi que si du sang doit être versé, il n'y en a qu'un seul de pur : celui de la perte de la virginité par amour et seulement par amour ... !

C’est étrange à dire mais cette chanson m’impressionne … oui, c’est bien le mot … Avec de jolis mots bien choisis et une musique excellente, elle défraie cependant la chronique ! Mélange de faits concrets révoltants et actuels, avec dénonciation de la condition humaine en tant qu’abstraction …

Cependant, je ne pense pas à une provoc’ pour faire parler d’elle mais à une provocation nécessaire … Preuve s’il en est les tentatives de censure qui ne se justifieraient pas si rien ne choquait en ces paroles ! Or, mis à part le « Fuck », ce qui choque est le contenu, le fond !

Bien sûr, le pont musical est violent et peut choquer mais je le pense nécessaire à cette sorte de théâtralisation de la chanson qui vient renforcer son aspect critique et révolté !

Ce texte est donc un constat cruel, mais terriblement réaliste qui font de cette chanson de Mylène l'une des plus ancrées de notre société avec « Désenchantée ». A noter que cette chanson est extrêmement critiquée au sein du grand public : évolution, vous avez dit évolution ?

Posté par Juke Box à 15:51 - 06 - Avant que l'ombre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

L'AMOUR NAISSANT

l_amour_naissant

Mylènium Tour 99

Premier titre de l'album Innamoramento et première chanson interprétée au Mylènium Tour, "L'Amour naissant" méritait bien que l'on s'y attarde quelque peu ... Ce n’est pas un texte complexe ou aux sens multiples : un beau texte, simplement … et que je ne me vois pas expliquer … Il traite de la recherche de l’ambivalence des sentiments, à mettre d’ailleurs en parallèle avec « Innamoramento » et cette citation :

« J’appréhende l’amour… Il peut vous emmener dans des sphères très, très hautes. Ce peut être un vertige absolu, mais qui peut être aussi dirigé vers le bas. C’est un risque, c’est une prise de risque. Ce sont des sentiments et des sens qui sont éveillés, mais avec toujours, effectivement, ces craintes qu’il y ait à la fois du rejet et de l’abandon. Je pense à la passion, je crois savoir que la passion ne perdure pas. Maintenant, le craindre ? Je préfère le sentiment passionné, prendre ce risque-là quitte à tomber de haut. »

Ce texte joue donc de ces ambivalences et de ces vertiges …

L'amour naissant

Quel monde n'a pas connu le souffle
Du néant
Ressenti l'émoi devant les "Puissances
Du Dedans", dis ?
Quelle maison n'a jamais pleuré
Un enfant
Quel ange n'est tombé devant la beauté
Du couchant ? , vois

Quel vertige s'empare de nos souffles
A présent
L'Anathème est lourd, les serments brûlants
C'est troublant, dis ?
Quelle est celle qui ne s'est noyée
Dans ses larmes
L'océan a froid, ma vie comme
la
Fille de Ryan
 

Tu es l'Amour Naissant
Gravé sur la pierre,
Stèle des Amants,
Vois comme c'est lourd, c'est lent
C'est un revolver, Père,
Trop puissant

Quelle Irlande voudrait oublier
Ses légendes
Je ressens l'émoi devant ses "Puissances
Du Dedans", dis ?
Quel frisson de m'anéantir
Dans son ventre
L'océan a froid, ma vie comme
la
Fille de Ryan.
 

Tu es l'Amour Naissant
Gravé sur la pierre,
Stèle des Amants,
Vois comme c'est lourd, c'est lent
C'est un revolver, Père,
Trop puissant.

 

Posté par Juke Box à 11:38 - 05 - Innamoramento - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [